SIRIUS - SOTHIS         

                                                          


La constellation du Grand Chien serait restée dans les limbes de la cartographie astronomique, n’eut été ce joyau unique au monde qui illumine la gueule de l’animal, la somptueuse Sirius. Il est impossible de la rater : c’est l’étoile la plus brillante du ciel. Blanc bleuté, elle étincelle au firmament comme un pur cristal. Plus imposante que le Soleil (près du double du diamètre de notre étoile), plus massive, elle est aussi 23 fois plus lumineuse. Pour arracher Sirius à son gardien, il suffirait presque de tendre la main : l’étoile est distante d’à peine 8,8 années-lumière.

 


A l’origine, elle seule eut droit à l’intérêt des Anciens et à l’appellation de “Chien”. La constellation est une création plus tardive, fabriquée de toutes pièces par les astronomes de l’antiquité avec les étoiles voisines brillantes, dont l’éclat est éclipsé par celui triomphant de Sirius. suivant les interprétations, le Grand Chien se tient debout sur ses pattes arrière, faisant fête à Orion, ou trotte derrière son maître. Sirius est tantôt l’œil de la bête, tantôt le feu qui sort de sa gueule, et parfois sa truffe humide. L’animal lève une patte avant, celle qui porte l’étoile Mirzam, “l’annonceur”, ainsi nommée parce qu’elle se lève juste avant Sirius. Une géante grosse de plus de 10 masses solaires, et située à quelque 750 années-lumière de nous. C’est une étoile variable, dont l’éclat change de quelques poils de magnitude toutes les six heures. Mirzam, ou Bêta Canis Majoris si on adopte la nomenclature des astronomes, est une rareté dont il n’existe que quelques dizaines d’exemplaires connus. Wezen, une supergéante distante de 2 100 années-lumière, s’accroche à l’arrière-train frétillant du chien. Si elle avait été plus proche, elle n’aurait fait qu’une bouchée de Sirius, car sa luminosité est 2 600 fois supérieure à celle de cette dernière.


La patte arrière droite de la bête porte Adhara, la vingt-deuxième étoile la plus brillante du ciel. à 680 années-lumière de nous, elle brille comme 9 000 soleils. Aludra, sur la cuisse gauche ou au niveau de la queue suivant les versions, achève de dessiner la silhouette du Chien. C’est aussi une étoile supergéante, 55 000 fois plus lumineuse que le Soleil. Davantage proche de nous, elle aurait pu rivaliser avec les propres bijoux du maître Orion, au lieu d’être condamnée, comme ses compagnes, à vivre dans l’ombre de la diva céleste…

Les anciens Égyptiens voyaient en Sirius l’Etoile du Nil, ou l’Etoile d’Isis. L’astre rutilant avait en effet à leur époque la particularité de se lever juste avant l’aube, précédant le premier bâillement du Soleil, au moment du solstice d’été. Les crues bienfaitrices du Nil ayant lieu juste après cet événement,le lever héliaque, les Égyptiens vouaient une reconnaissance particulière à l’étoile. Au point de l’associer au culte de la déesse Isis, épouse d’Osiris et l’une des plus puissantes figures du panthéon égyptien : le temple d’Isis-Hathor à Denderah (IIIe-Ier siècle av. J.-C.) était orienté face au lever héliaque de Sirius, respectueusement appelée sur une inscrption “Sa Majesté Isis”.



Sirius était le chien du ciel pour pratiquement tous les Anciens. Les Grecs la représentaient ainsi et, dans l’Iliade, Homère l’appelait le “chien d’Orion”. Les Chaldéens la nommaient “l’Étoile du Chien en Tête” ; les babyloniens se contentaient de la simple appellation “Étoile du Chien” ;pour les Assyriens, elle était “Le Chien du Soleil”, ainsi que pour les Akkadiens. Echappant au consensus, les Chinois voyaient en elle un loup, et les aborigènes d’Australie, un aigle. Contrairement aux Égyptiens, Grecs et Romains étaient plutôt tentés de traiter Sirius comme un bâtard enragé plutôt que de la sacraliser. observé de leur côté de la Méditerranée, son lever héliaque annonçait l’arrivée imminente des grandes chaleurs estivales. La croyance dans l’influence pernicieuse de l’astre qui, non content d’apporter l’insupportable chaleur, est censé donner la fièvre aux hommes et rendre les chiens fous, perdura jusqu’à la renaissance italienne. Il nous en reste quelque chose puisque l’on parle encore de canicule ; Canicula la “petite chienne”, le nom romain de Sirius, pour désigner les jours les plus chauds de l’année. Le nom actuel de Sirius dériverait quant à lui directement des mots grecs qui signifient “étincelant”, ou “brûlant”, voire de l’Osiris des égyptiens.



En dépit de sa beauté et de son éclat remarquable, Sirius n’incarne ni héros ni dieu, et la légende du Chien est en définitive, liée à une série de constats astronomiques. Dans son infinie mansuétude, le ciel a tout de même pallié cette carence en la dotant d’un curieux compagnon. Nommée Sirius B par des astronomes bien moins inspirés que les Anciens, cette étoile, séparée d’environ 20 fois la distance Terre-Soleil de Sirius et qui gravite autour d’elle en 50 ans, est une naine blanche, la première à avoir été découverte. Stade ultime de l’évolution d’une géante rouge, c’est un astre extrêmement dense, qui affiche une taille 40 à 50 fois inférieure à celle de notre Soleil pour une masse équivalente. En moyenne, un centimètre cube de sa matière pèse une demi-tonne. Sa luminosité est 400 fois inférieure à celle de notre Soleil, pour une température de surface de l’ordre de 9 000 K. Elle demeure indécelable à l’œil nu.

 



lever de Sirius

 

 

Lever héliaque de Sirius

Les prêtres observant les étoiles pour les rites de la nuit se rendirent compte que les levers héliaques permettaient aussi de se repérer par rapport aux saisons

Le 1er thot début de l’année de 365 jours se décale de 1 jours tous les 4 ans par rapport à l’année sidérale de 365,25 jours; après 1460 années vagues il retrouve sa position de départ car 1461*365=1460*365,25. La durée de ce cycle, célèbre dans l’antiquité est appelée période sothiaque

En 139 après J.C., l’écrivain Censorinus relate de grandes fêtes qui eurent lieu parce que le 1er thot coïncida avec le lever héliaque de Sirius (21 juillet julien) ; de telles coïncidences eurent donc lieu en - 1317, - 2775, - 4235.

Les crues du Nil et le lever héliaque de Sothis

Il n’y a aujourd’hui plus de crues en raison de la régulation par les barrages permettant l’irrigation et la production d’électricité. Si ces barrages n’avaient pas été construits, elles auraient lieu comme autrefois vers le solstice d’été.

Ces crues étaient essentielles pour la vallée du Nil : « si le Nil ne vient pas la famine s’installe »

Les crues du Nil (environ 10j après le solstice d’été) correspondaient vers 4000 av J.C. avec le “lever héliaque” de Sothis (Sirius) qui devint un lever héliaque particulièrement important. C’est l’observation du décalage entre phénomènes qui permit aux Égyptiens de comprendre très tôt la durée exacte de l’année sidérale et de l’année tropique. On constata entre le calendrier “vague” de 365 jours (dérivant donc par rapport aux saisons) et les 365,25... j  séparant deux “lever héliaque” de Sothis, un décalage de 1 jours tous les 4 ans

En - 4000 avant J.C. l’équinoxe a lieu le 22 avril julien, le solstice d’été le 24 juillet. En 325 après J.C. l’équinoxe a lieu le 20 mars julien, le solstice d’été le 21 juin (0,0078*4325=33,8 jours)

Vers l’an 4000 avant notre ère le lever héliaque correspondait avec le solstice d’été entraînant avec lui la bienfaisante inondation du Nil. Les crues vers -4000 sont à placer le 19 juillet julien (5 jours avant le solstice d’été) alors que le lever héliaque de Sirius a lieu vers le 10 août (3 jours de décalage tous les 400 ans .

Le "calendrier d'Elephantine" conservé au Louvre et découvert au siècle dernier par l'égyptologue français Auguste Mariette.
L'inscription encadrée mentionne une date de réapparition de Sothis (Sirius) : 3ème mois de la saison des moissons, 28 ème jour.