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CONTES ET LEGENDES DES PHARAONS
L'AMITIE DES DEUX CHACALS
Il y a fort longtemps, vivaient dans l'immensité du désert deux chacals qui s'aimaient d'une amitié sincère,un peu comme s'aiment deux frères. Ils s'entraidaient et chacun pouvait compter sur l'autre en cas de coup dur. Ils partageaient les mêmes peines mais aussi les mêmes joies. Ils ne frayaient avec aucun autre animal préférant passer tout leur temps ensemble. Ensemble, ils recherchaient leur nourriture. Ensemble ils buvaient et mangeaient. Ensemble ils se rafraîchissaient à l'ombre des mêmes rares arbres du désert lorsque le soleil les tourmentaient de ses ardents trop ardents.
Or un jour, alors qu'ils étaient à la
recherche de nourriture, l'un à côté de l'autre, sur un terrain aride et brûlé
de soleil, ils virent surgissant devant eux un lion affamé qui était lui aussi à
la recherche d'une proie. Plutôt que de fuir, les deux amis s'immobilisèrent et
firent face à l'ennemi avec opiniâtreté. Le lion fort surpris ne put s'empêcher
de leur demander :
- Eh bien, pourriez-vous m'expliquer par quel prodige vous ne vous êtes pas
enfui à mon approche ? Etes-vous inconscients ? Ne voyez-vous pas que je suis
affamé et à la recherche de nourriture ?
L'un des deux chacals prit la parole et dit :
- Pour sûr, ô seigneur ! Nous sommes fort conscients de cet état de fait. Nous
avons vu que tu étais en chasse et que tu allais te jeter sur nous et nous
dévorer. Nous avons cependant décidé de ne pas fuir. Quoi que nous fassions,
aussi vite que nous puissions courir, tu nous rattraperais. Nous avons donc
décidé de ne pas fuir. Nous préférons que tu ne sois pas épuisé au moment où tu
décideras de nous dévorer. Nous préférons mourir rapidement et non souffrir par
une mort lente.
Le lion qui avait écouté avec attention
les paroles du chacal lui dit :
- Le roi des animaux n'est pas en colère d'entendre des paroles sincères. Il
sait reconnaître le courage et l'audace de ses sujets. Il se doit d'être grand
et généreux envers ses sujets sans défense.
Sur ce, le roi du désert disparut et depuis ce jour, il accorda la paix aux deux chacals.
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Khnoum, le
potier, crée l’univers sur son tour
Khnoum-Rê, le dieu du tour de potier, qui a fondé la
terre par l’action de ses bras, le dieu qui unit les corps dans le sein
maternel, le constructeur qui fait prospérer les deux oisillons et qui fait
vivre les êtres encore enfants grâce au souffle de sa bouche, celui qui inonde
le pays du grand flot de Nouou, tandis que le Grand Cercle liquide et la Grande
Mer l’entourent.
Il façonna sur son tour les dieux et les hommes, il
modela le petit bétail et les troupeaux, il fit les oiseaux et les poissons, il
forma les mâles reproducteurs et mit au monde les femelles. Il organisa la
marche du sang dans les os, modelant dans son atelier par l’action de ses
bras. Alors le souffle de la vie imprégna toute chose, le sang forma… avec la
semence dans les os, afin de constituer, dès le commencement, des os brillants ;
il fit que l’être féminin accouche quand le moment était venu… Il diminua
les souffrances selon la générosité de son cœur, il adoucit les gorges,
donnant l’air à ceux qui respirent, afin de faire vivre les jeunes êtres
alors qu’ils étaient encore dans le sein maternel. Il fit pousser les mèches
de cheveux et croître la chevelure. Il modela la peau sur les membres. Il
fabriqua la tête et façonna le visage afin de donner leur personnalité aux
figures. Il fit se déclore les yeux, il ouvrit les oreilles. Il mêla
intimement le corps et l’air. Il fit la bouche pour manger et façonna les
dents pour mâcher. Il détacha la langue pour qu’elle puisse s’exprimer,
les deux mâchoires pouvant désormais s’écarter. Il fit la gorge pour
avaler, et également pour cracher. Il fit l’épine dorsale comme un étai,
les testicules qui font trembler la cuisse lors de l’acte viril, l’anus pour
accomplir sa tâche. Il fit le gosier pour déglutir, les mains avec leurs
doigts pour faire leur ouvrage, le cœur pour conduire l’être, les testicules
pour soutenir le phallus et accomplir l’acte sexuel. Il fit les organes antérieurs
pour avaler toute chose, l’organe postérieur pour insuffler de l’air dans
les viscères et aussi pour s’asseoir au moment des repas et donner vie aux
organes internes au temps de la nuit. Il fit le membre de vie pour copuler et la
matrice pour recevoir la semence et multiplier ainsi les générations en
Egypte. Il fit la vessie pour uriner, le membre de vie pour éjaculer et pour
s’enfler tandis qu’il est étreint entre les cuisses. Il fit les tibias pour
la marche et les cuisses pour cheminer, leurs os accomplissant leurs tâches
selon la disposition du cœur.
Ainsi tous les êtres furent façonnés sur son tour.
Ils modifièrent ainsi l’expression orale selon chaque pays, de façon à
obtenir un langage différent de celui parlé en Egypte. Il créa les produits
exotiques à l’intérieur de leurs terres afin qu’ils puissent porter leurs
tributs au dehors. Car le maître du tour est leur père à tous, Tatenen, qui a
fait venir à l’existence tout ce qui existe sur leur sol et créé leur
subsistance – telle celle des gens du pays d’Ibeha – afin de nourrir leurs
corps ainsi que ceux de leurs descendants. Dès que sa bouche eût craché, ils
vinrent à l’existence aussitôt. Il n’ y eut point de cesse à l’œuvre
de la création : dès que le tour eut commencé de tourner, alors il
tourna chaque jour.
Aussi toutes les créatures t’adorent-elles, ô
Khnoum, image de Tatenen, toi qui es le créateur des créateurs, qui as amené
à l’existence tout ce qui est dans Esna, qui nourrit le jeune être dans le
sein de sa mère jusqu’à ce que s’achève le temps voulu, puis qui le fait
jaillir du sein maternel le moment venu.
Il a façonné les hommes sur son tour, il a mis au
monde les dieux, il a créé le petit bétail et les troupeaux, il a fait les
oiseaux, les poissons et tous les reptiles ; à sa suite, il a fait frétiller
les poissons dans l’eau du Nouou au sortir des deux cavernes, afin de
rassasier les hommes et les dieux au juste moment. Il a donné l’existence aux
végétaux dans la campagne, et il a coloré de fleurs les rivages. Il a fait
que les arbres de vie donnent leurs fruits afin d’assurer la subsistance des
hommes et des dieux. Il a ouvert des failles dans le cœur des montagnes, et il
a fait que les carrières crachent les pierres qui étaient en elles.
Salut à toi Khnoum-Rê, seigneur d’Esna,
Ptah-Tatenen, qui donna naissance aux dieux antérieurs, dieu grand venu à
l’existence au premier temps, bélier
magnifique en la Première Fois.
Il souleva le ciel et soutint l’empyrée, il y répandit la lumière, étincelante, irradiante, puis il plaça en eux le siège de l’âme des dieux. Il étala la terre sur son assise, et de son œil éclaira les deux terres. Le dieu agissant, l’existence commença à se manifester. Alors il conquit le Double Pays par sa force, dieu au visage prestigieux, à l’aspect remarquable, porteur de magnificence à la forme puissante, dans l’existence duquel tous les êtres puisaient leur existence, le plus grand de tous, le plus noble de tous, plus grand que tous les dieux, mystérieux de forme, qui domine les dieux, modeleur des modeleurs, l’aîné des dieux antérieurs, le père des pères et la mère des mères, qui créa les êtres de l’empyrée et fit venir à l’existence les êtres du monde souterrain, bélier sacré qui engendra les béliers, Khnoum qui fit les créatures, dieu à la main façonneuse qui ignore la lassitude, il n’est point de tâche qu’il ignore. Ayant fait les cités et séparé les campagnes, ayant créé le Double Pays et affermi les montagnes, il façonna les hommes au tour et mit au monde les dieux pour remplir la terre et le cercle du grand Océan. Il vint en son temps pour faire vivre tous ceux qui sortent sur son tour, créant les herbages pour rassembler les troupeaux et l’arbre de vie pour les vivants. Il vient au bon moment sans cesse ; il a fait les limites du ciel, jusqu’à aujourd’hui, dieu bénéfique du premier temps, qui traverse le ciel en son navire dès la pointe de l’aube et qui remplit la terre de sa beauté. Le destin et la croissance des enfants se font selon ce qu’il ordonne, l’eau et le vent sont à ses ordres et ce qui sort de sa bouche est exécuté sans délai. Ceci comme cela, c’est lui qui les a faits, car aucune tâche ne s’accomplit sans lui.
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