CULTE ET TOMBEAUX

 



                 

 

 

TEMPLES ET TOMBEAUX

Les temples n'étaient pas seulement des bâtiments religieux édifiés en l’honneur des dieux ou des rois, ils avaient d’autres fonctions spécialisées, souvent multiples. Ils servaient ainsi à des fins de propagande ou de célébration, faisaient office de centres administratifs, de forteresses ou de retraites royales. Les temples que les égyptologues appellent "maisons de dieu" se rapprochent le plus de notre conception d’un lieu de culte. Ils comprennent les grands temples dédiés à un seul ou plusieurs dieux, ainsi que les temples funéraires dédiés aux rois défunts (devenus dieux).

À l’intérieur de ceux-ci, une multitude de personnes aux rôles différents adoraient et veillaient au bien-être des dieux. Mais, contrairement à nos lieux de culte, il s’agissait de complexes privés, sans communication entre les dieux et le public.

Les temples funéraires étaient souvent associés aux temples de vallées qui étaient en fait d’impressionnants portails sans fonction religieuse. On construisait également de nombreux temples spécialisés dédiés au Ka, à l’âme du roi défunt, aux célébrations du festival Sed pour le jubilé du roi, au soleil et au couronnement. De nombreux temples furent agrandis au fil des ans pour devenir des complexes géants servant de multiples fonctions.

Les Égyptiens composaient l'homme de plusieurs êtres différents, dont chacun avait ses fonctions et sa vie propre. C'était d'abord le corps, puis le double (ka), qui est le second exemplaire du corps en une matière moins dense que la matière corporelle, une projection colorée, mais aérienne de l'individu, le reproduisant trait pour trait, enfant, s'il s'agissait d'un enfant, femme s'il s'agissait d'une femme, homme s'il s'agissait d'un homme. Après le double venait l'âme  ba), que l'imagination populaire se représentait sous la figure d'un oiseau, et après l'âme, le lumineux (khou), parcelle de flamme détachée du feu divin. Aucun de ces éléments n'était impérissable par nature; mais, livrés à eux-mêmes, ils n'auraient pas tardé à se dissoudre et l'homme à mourir une seconde fois, c'est-à-dire à tomber dans le néant. La piété des survivants avait trouvé le moyen d'empêcher qu'il en fût ainsi. Par l'embaumement, elle suspendait pour les siècles la décomposition des corps; par la prière et par l'offrande, elle sauvait le double, l'âme et le lumineux de la seconde mort, et elle leur procurait ce qui leur était nécessaire à prolonger leur existence. Le double ne quittait jamais le lieu où reposait la momie. L'âme et le lumineux s'en éloignaient pour suivre les dieux, mais y revenaient sans cesse, comme un voyageur qui rentre au logis après une absence.

 

Le tombeau était donc une maison, la maison éternelle du mort, au prix de laquelle les maisons de cette terre sont des hôtelleries, et le plan sur lequel il était établi répondait fidèlement à la conception que l'on se faisait de l'autre vie. Il devait renfermer les appartements privés de l'âme, où nul vivant ne pouvait pénétrer sans sacrilège, passé le jour de l'enterrement, les salles d'audience du double, où les prêtres et les amis venaient apporter leurs souhaits et leurs offrandes, et, entre les deux, des couloirs plus ou moins longs. La manière dont ces trois parties étaient disposées variait beaucoup selon les époques, les localités, la nature du terrain, la condition et le caprice de chaque individu. Souvent les pièces accessibles au public étaient bâties au-dessus du sol et formaient un édifice isolé. Souvent encore, elles étaient creusées entièrement dans le flanc d'une montagne avec le reste du tombeau. Souvent enfin, le réduit où la momie reposait et le couloir étaient dans un endroit, tandis qu'elles s'élevaient au loin dans la plaine. Mais, si l'on remarque des variantes nombreuses dans les détails et dans le groupement des parties, le principe est toujours le même: la tombe est un logis, dont l'agencement doit favoriser le bien-être et assurer la perpétuité du mort.

 

   

COMPLEXES CULTUELS

L’importance des temples était telle qu’ils donnèrent lieu à de véritables "domaines" permettant d’héberger, de nourrir et de subvenir aux besoins de ceux qui y habitaient et travaillaient.

Le complexe comportait une série de zones dont la nature sacrée allait en croissant jusqu’à atteindre le Saint des saints.

Les zones publiques extérieures au complexe comprenaient des lacs, cliniques, cuisines, brasseries, greniers et la « Maison de vie », à savoir l’université, la bibliothèque et le scriptorium du temple.

Un débarcadère et de grandes allées pour les processions, souvent bordées de rangées de sphinx et autres statues colossales, menaient vers l’enceinte du temple et les portes flanquées de pylônes marquaient l’entrée du temple proprement dit.

On arrivait finalement aux cours extérieures, ouvertes aux prêtres et parfois au public, puis aux salles intérieures réservées exclusivement aux prêtres. C’est ici que se trouvait l’impressionnante Salle Hypostyle avec ses rangées de colonnes massives.

Au bout se trouvait le sanctuaire où seuls étaient admis le roi et les grands prêtres. Il comprenait les halls d’offrandes, une chapelle pour la barque qui transportait la statue du dieu et, finalement, le Saint des saints, destination de la statue du dieu.

   

LES MASTABAS  

Ces tombes rectangulaires à toit plat appelées mastabas datent du début de la période dynastique (environ 3 500 av. J.-C.), quelque 1 500 ans avant les pyramides. Même du temps des pyramides, les mastabas continuaient à servir de sépultures plus simples pour les nobles.

Le mot mastaba vient de l’arabe signifiant "banc", car les premiers archéologues les trouvaient similaires aux bancs locaux. Nous ne connaissons pas le nom que leur donnaient les Égyptiens anciens. Faits de brique en terre crue ou parfois en pierre, ces tertres géants recouvraient les chambres funéraires qui étaient souvent creusées profondément dans le sol et accessibles par de longs puits. Les pyramides sont une évolution des mastabas et, en théorie, la première pyramide "à degrés" de Djoser à Saqqarah serait  à l’origine un mastaba autour duquel d’autres dalles  plus petites furent ajoutées successivement.

Il existe des milliers de mastabas partout en Égypte, dont beaucoup sont décorés de splendides peintures murales. Contrairement aux peintures des pyramides qui ne représentent que la vie de la cour, celles des mastabas nous renseignent sur la vie quotidienne.

Les tombes monumentales les plus anciennes sont réunies dans la nécropole de Memphis, et appartiennent au type des mastabas. Le mastaba  est une construction quadrangulaire qu'on prendrait de loin pour une pyramide tronquée. Plusieurs ont 10 ou 12 mètres de haut, 50 mètres de façade, 25 mètres de profondeur; d'autres n'atteignent pas 3 mètres de hauteur et 5 mètres de largeur. 

Elle est semée de vases en terre cuite, enterrés presque au raz du sol. Les portes sont tournées vers l'est, quelquefois vers le nord ou vers le sud, jamais vers l’ouest. On en comptait deux, l'une réservée aux morts, l'autre accessible aux vivants, mais celle du mort n'était qu'une niche étroite et haute, ménagée dans la face est, à côté de l'angle nord-est. Souvent même on supprimait ce simulacre d'entrée, et l'âme se tirait d'affaire comme elle pouvait. La porte des vivants avait plus ou moins d'importance,  selon  le  de développement de la chambre à laquelle elle conduisait.

 

Au bout de deux ou trois générations, les morts d'autrefois étaient délaissés au profit des morts plus récents. Lors même qu'on établissait des fondations pieuses, dont le revenu payait le repas funèbre et les prêtres chargés de le préparer, on ne faisait que reculer l'heure de l'oubli. Le moment arrivait tôt ou tard, où le double en était réduit à chercher pâture parmi les rebuts des villes, parmi les excréments, parmi les choses ignobles et corrompues qui gisaient abandonnées sur le sol. Pour obtenir que l'offrande consacrée le jour des funérailles conservât ses effets à travers les âges, on imagina de la dessiner et de l'écrire sur les murs de la chapelle. La reproduction en peinture ou en sculpture des personnes et des choses assurait à celui au bénéfice de qui on l'exécutait la réalité des personnes et des choses reproduites : le double se voyait sur la muraille mangeant et buvant, et il mangeait et buvait. On ne se borna pas à donner des provisions simulées, on y joignit l'image des domaines qui les produisaient, des troupeaux, des ouvriers, des esclaves. S'agissait-il de fournir la viande pour l'éternité ? On pouvait se contenter de dessiner les membres d'un boeuf ou d'une gazelle déjà parés pour la cuisine, l'épaule, la cuisse, les côtes, la poitrine, le coeur et le foie, la tête; mais on pouvait aussi reprendre de très haut l'histoire de l'animal, sa naissance, sa vie au pâturage, puis la boucherie, le dépeçage, la présentation des morceaux. De même, à propos des gâteaux et des pains, rien n'empêchait qu'on retraçât le labourage, les semailles, la moisson, le battage des grains, la rentrée au grenier, le pétrissage de la pâte. Les vêtements, les parures, le mobilier servaient de prétexte à introduire les fileuses, les tisserands, les orfèvres, les menuisiers. Le maître domine bêtes et gens de sa taille surhumaine.

 

De l'autre côté du mur se cachait une cellule étroite et haute, ou mieux un couloir, d'où le nom de serdab, que les archéologues lui prêtent à l'exemple des Arabes. La plupart des mastabas n'en ont qu'un, d'autres en contiennent trois ou quatre. Ils ne communiquent pas entre eux ni avec la chapelle, et sont comme noyés dans la maçonnerie. S’ils sont reliés au monde extérieur, c'est par un conduit aménagé à hauteur d'homme  et tellement resserré qu'on a peine à y glisser la main. Les prêtres venaient murmurer des prières et brûler des parfums à l'orifice : le double était au delà et profitait de l'aubaine ou du moins ses statues l'accueillaient en son nom. Comme sur la terre, l'homme avait besoin d'un corps pour subsister, mais le cadavre défiguré par l'embaumement ne rappelait plus que de loin la forme du vivant. La momie était unique, facile à détruire on pouvait la brûler, la démembrer, en disperser les morceaux. Elle disparue, qu'adviendrait-il du double ? Les statues qu'on enfermait dans le serdab devenaient, par la consécration, les corps de pierre ou de bois du défunt. La piété des parents les multipliait, et, par suite, multipliait aussi les supports du double ; un seul corps était une seule chance de durée pour lui, vingt représentaient vingt chances. C'est dans une intention analogue qu'on joignait aux statues du mort celles de sa femme, de ses enfants, de ses serviteurs, saisis dans les différents actes de la domesticité, broyant le grain, pétrissant la pâte, poissant les jarres destinées à contenir le vin. Les figures plaquées à la muraille de la chapelle s'en détachaient et prenaient dans le serdab un corps solide. Ces précautions n'empêchaient pas d'ailleurs qu'on n'employât tous les moyens pour mettre ce qui restait du corps de chair à l'abri des causes naturelles de destruction et des attaques de l'homme.